PHOTO DU JOUR #40

Vendeur Pakistanais de babioles chinoises sur un plage de Calabre © Jérôme Hubert

Sur cette plage de Calabre, il n’y a pas beaucoup de monde. On est hors saison.
J’ai installé un tissu sur deux bouts de bois car le soleil cogne. Du moins, quand il passe entre les nuages.

Les montants de mon abris improvisé ont formé un scène sur laquelle se déroule un triste spectacle. Un spectacle qui a beaucoup de succès puisqu’il a été accueilli sur la plupart des plages de la plupart des pays où vont la plupart des touristes.

A distance régulière, des hommes se suivent et passent dans le cadre. Ils zigzaguent de groupe en groupe. Ils vont de serviette en serviette et essuient refus sur refus.

Il sont des vendeurs Pakistanais de babioles chinoises sur un plage de Calabre.

Celui-là a peut-être jeté l’éponge. Il n’accoste plus personne et marche tout droit.

Son compatriote, deux minutes plus tôt, a voulu nous vendre un collier en plastoc ou des lunettes à la mode.

Mais la réponse est toujours la même. « No, thank you » Parfois, extirpé de sa sieste, la bave au coin des lèvres, on a envie de se lever et dire poliment « écoute moi bien connard, tes merdes là, on trouve les mêmes à la Galerie Agora alors casse toi »

Mais on ne le fait pas car on respecte cet homme et que son histoire va plus loin que la vente de montre Rolix.

L’un d’eux m’explique qu’il vient du Pakistan et qu’il a laissé sa famille pour venir ici et gagner de l’argent. Une histoire qui se répète par milliers sur le globe.

Il passe sa journée à marcher sur les plages. Il a déjà fait des centaines de kilomètre avec son commerce sur le dos.

Je me demande juste…

Je fais quoi ? Je contribue en achetant une merde inutile ? J’ai pitié de ce monsieur ? Je me dis que ces lunettes ressemblent vachement aux vraies et qu’elles me coutent vingt fois moins cher ?

Et puis…d’où viennent ces merdes ? Qui sont les chinois qui les fabriquent ? A qui rapportent-elles ? Est-ce que la mafia calabraise serait liée à cela ? Est-ce de notre faute ?

Est-ce que cet homme gagne-t-il vraiment sa vie ? Est-il possible de vivre décemment dans un pays sans devoir le quitter ?

Ça fait beaucoup de question pour un bout de plastoc.

Enfin, cela n’empêche pas certaines connes de frimer avec un sac Louis Voiton.

 

 

By | 2013-02-18T16:14:09+00:00 octobre 30th, 2012|Photo du jour|0 Comments

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