PHOTO DU JOUR #65

Gare aux Pays-Bas © Jérôme Hubert

Dans la cave de mon grand-père, il y avait, suspendu au plafond, un monde merveilleux.
Une plateforme de deux mètres sur deux entourée d’une bâche un peu transparente, un peu opaque.
Sur la plateforme, il y avait un monde de trains miniatures. Petites machines de métal voyageant entre des arbres en palstoc et des vaches statiques broutant de l’herbe en crépon (ou une autre matière).

Du côté gauche, il y avait un tunnel et quand les trains se bloquaient dedans, c’était pas bon, il fallait dépanner. Il y avait aussi la Citroën BX propre et beige qu’il ne fallait pas abimer.

Du côté droit, il y avait le centre de contrôle qui ne contrôlait plus rien du tout puisque l’électricité avait déserté ce petit monde parfait. Là, il y avait de la place mais il me fallait une chaise pour être bien placé. Je n’étais pas très grand. Or, les trains électriques, quand ils sont bien foutus, c’est une histoire de grand. Peut-être une raison pour laquelle mon grand-père faisait de la soupe (avec des bons croutons au beurre) tous les mercredis.

J’avais l’impression que la Suisse ressemblait à ça. Des gens gentils qui parlent avec des vaches dociles qui font du bon lait. Des jolies maisonnettes non taguées et trains qui arrivent à l’heure. Bref, ce monde là, c’était pas la Gare du Midi à 8h00 du matin. Quelle nostalgie vieille France, merde.

Il y avait ce truc rouge, sorte de rampe de lancement pour remettre les trains en rail. J’y arrivais une fois sur deux. Mon grand frère était bien plus habile.

Comme tout enfant normalement constitué, j’étais impatient et déterminé à croire que tout allait se remettre en marche. Mais le circuit était bien mort et il fallait pousser les wagons à la main en faisant tchouk tchouk avec la bouche.

La bâche en plastique retombait toujours sur ma tête. Et c’était très énervant.

Il y avait un bruit de cave, le calme des objets qu’on laisse reposer en paix. Le calme interrompu par des voix criant « Tu es ou ? » et « Ici, je joue avec le train ».

Il y avait une odeur de cave, l’odeur des bouteilles d’orangeade fermées, d’un carton au sol imbibé d’huile de voiture, d’outils bien rangés dans l’atelier ou encore de patates prêtes à germer.

Fouiller un cave, c’est fouiller une vie.

Je me demande bien où est ce train. Est-ce qu’il est resté tel quel ou est-ce qu’il a été fragmenté en trains et tunnels par-ci, vaches et faux sapins par-là.

En tout cas, il a laissé un souvenir qui ressurgit quand je prends un photo de trains ou de gares.

 

By | 2013-02-18T16:13:34+00:00 février 5th, 2013|Non classifié(e), Photo du jour|0 Comments

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