L’allée du retour 2017-07-08T14:57:57+00:00

A propos de ce projet

Je suis né en Tunisie en 1983.

Pas de souvenirs en particulier. Des photos d’enfance, un mot sur ma carte d’identité et un peu de fierté quant à l’exotisme du lieu de naissance. C’est à peu près tout.

Pourtant, cela me suit.

Sûrement une des raisons pour lesquelles l’Afrique m’attire tant. Il y a eu le Congo et le Kenya de mes parents puis le Botswana et Madagascar mais la Tunisie est peut-être le point de départ d’un désir d’ailleurs.

Le temps que j’ai attendu pour aller là-bas, c’est un temps de réflexion inconscient. Un désir qui se tarit et qui se déclare comme ça, quand on sait comment y répondre.

Avec la photographie.

Mettre des images sur des souvenirs inexistants ou effacés. Aller à la rencontre du ressenti. Affronter les désillusions. Trouver une maison. Trouver une personne.

C’est parce que j’ai peur du temps qui passe et de l’oubli que je fais cela.

Rixensart, mon voyage commence ici. Dans le grenier de la maison de la Rue du Bazar. Je tourne les pages des albums de famille amassés derrière les peluches et les vieux sommiers. Des souvenirs poussiéreux qui tiennent dans un mètre cube.

Dans l’autre pièce, il y a les diapositives de mon grand-père que j’imagine aventurier. Congo, Argentine, Brésil, Inde, Cameroun. Je ne les ai jamais vues mais un jour je les dépoussiérerai.

Je rassemble un tas de photo à prendre dans mon sac. Des visages d’abord. Les nôtres mais aussi ceux des collègues de mon père. Des lieux ensuite. Nos maisons et les villes et hôtels dans lesquels nous avons flâné.

Papa et Maman vivent ce voyage avec moi.

Il travaillait à Kélibia pour la construction du port. Elle était enceinte de moi et passait du temps avec Thomas et Gaëlle en leur faisant école et en allant à la plage ou à l’hôtel. Puis nous avons déménagé à Nabeul. Mais ils ne savent plus si c’est avant ou après ma naissance à Tunis. Après tout ce temps, la chronologie n’a plus vraiment d’importance.

Tunis, 26 mars 2011, 22h31. Hôtel Continental, Rue de Marseille.

L’endroit est un peu miteux. Des fissures glissent sur les murs et moi dans mes draps. La tension révolutionnaire qui anime les rues me rend un peu anxieux. Pourtant, je dors avec la fenêtre grande ouverte.

Date de la révolution : 14 janvier 2011. Il y a deux mois. Le Printemps arabe. La Révolution du jasmin.

Cela ne me concerne pas vraiment. Je ne suis pas venu pour cela. Je ne savais même pas que la Tunisie était aux mains d’un dictateur. Mais je suis heureux d’être là dans un moment historique.

Mounir, le taximan qui m’a déposé dans le centre, m’a demandé s’il pouvait m’emmener vers les clubs de vacances côtiers. Je lui dis que je n’ai pas mis les pieds ici depuis ma naissance et que je vais à Kélibia et Nabeul. Je ne lui dis pas, mais les clubs de vacances all-inclusive me font vomir. Fast-food du tourisme.

Nous parlons de la révolution en entrant dans l’Avenue Bourguiba, bordée de barbelés et de blindés. Il me dit “Vous êtes libre maintenant”. Il me croit en partie tunisien et je me dis que, tout compte fait, je le suis un peu et que cette révolution me concerne un peu.